Pour en comprendre l’origine, il faut remonter en 1995. Let’s go back to the 90’s.
À cette époque, Internet n’en est encore qu’à ses balbutiements. Aux États-Unis, il commence timidement à se développer, mais en France, c’est toujours le Minitel qui règne en maître. Dans l’univers des 3614, la concurrence est féroce. C’est là que je découvre l’existence d’une petite communauté nommée ABCocooning.
L’association édite un fanzine intitulé Le Petit Journal de Bébé. Je ne tarde pas à y adhérer et commence à recevoir régulièrement leurs publications. Pour la première fois, je réalise que je ne suis pas seul. D’autres personnes partagent ce goût dévorant pour les couches.
Cette découverte est un véritable choc. Ce qui me semblait jusque-là être une singularité presque honteuse existe également chez d’autres.
Un jour, l’un des numéros évoque son équivalent américain : DPF (Diaper Pail Friends). À l’époque, pas de téléchargement ni de site web. Une simple adresse postale. Il suffit d’écrire, puis d’attendre quelques semaines pour recevoir leur fanzine. Une sorte de Petit Journal de Bébé, mais en version XXL.
C’est dans l’une de ces publications qu’une publicité attire soudain mon attention. Elle présente un ouvrage intitulé The Danger of Catheterization.
Pourquoi un livre sur ce truc dans un magazine consacré aux couches ? Qu’est-ce que cela vient faire là ? (voir l’article consacré à ces magasines)
À l’époque, j’ignore totalement en quoi consiste cette pratique. Intrigué, je décide de me renseigner. Mais en 1995, faire des recherches n’a rien à voir avec aujourd’hui. Pas de moteur de recherche, pas de Wikipédia. Il faut fouiller dans les livres, les dictionnaires médicaux, les rayons spécialisés des maisons de la presse ou des bibliothèques.
Au fil de mes recherches, je découvre enfin la fameuse sonde de Foley.
L’objet m’effraie autant qu’il me fascine. Il a quelque chose de profondément inquiétant… et pourtant, je ne peux m’empêcher d’y voir une possibilité extraordinaire. Moi qui rêvais depuis si longtemps de devenir incontinent, je crois enfin tenir un moyen d’approcher ce fantasme.
Pour les sondes, je trouve ce qu’il me faut dans des magasins de matériel médical. Pour les seringues, en revanche, il me faut faire preuve d’imagination. J’en obtiens auprès d’un pharmacien en prétextant un besoin pour le montage de maquettes.
Sans réellement en avoir conscience, je viens de mettre le pied dans un engrenage dont je ne sortirai pas avant très longtemps. Au fond de moi, je le sais déjà.
Cette quête de l’incontinence n’était plus une simple curiosité. Elle était devenue une véritable addiction. Une obsession qui, lentement mais sûrement, allait prendre une place démesurée dans ma vie.
Pourtant, j’avais été averti des dangers du sondage urinaire. Les publications que je lisais insistaient toutes sur les risques infectieux et l’importance d’une asepsie irréprochable. Mais à vingt-neuf ans, je me croyais invincible. Je multipliais les essais sans la moindre précaution.
Je me souviens même d’avoir pris un bain avec une sonde en place.
Quand j’y repense aujourd’hui… quel imbécile !
Vous imaginez sans peine la suite.
Quelques jours plus tard, je commence à uriner du sang. Puis une douleur atroce s’installe brutalement dans les testicules. Quarante degrés de fièvre. Le verdict tombe : une infection sévère.
L’été 1996 restera gravé dans ma mémoire. Je l’ai passé allongé sur mon canapé, un coussin sous le bassin pour soulager mes testicules, à regarder défiler les Jeux olympiques à la télévision. J’avais tout le temps de méditer sur ma bêtise. Je me jurai alors de ne plus jamais recommencer. Promesse qui ne résistera même pas six mois.
La dépendance était déjà plus forte que la raison.
Cette fois, je m’applique davantage. Je respecte les règles d’hygiène, je stérilise le matériel, je reste attentif au moindre signe d’infection. Dès qu’une brûlure ou une gêne apparaît, je consulte immédiatement mon médecin : ECBU, antibiotiques, puis guérison. Avec le temps, je finis par maîtriser ces épisodes infectieux. Mais mon obsession, elle, continue de progresser.
En cette fin d’année 1996, je m’équipe d’un ordinateur IBM. Pour l’époque, c’est une véritable bête de course. Imaginez un peu : un processeur Pentium 120 MHz, un disque dur de 1,2 Go (oui, oui… vous avez bien lu : 1,2 gigaoctet !) et un modem 28,8 kb/s, soit près de trois fois la vitesse d’un fax. La machine embarque également 8 Mo de mémoire vive, dont 2 Mo sont partagés avec la carte graphique. À l’époque, c’est tout simplement le haut de gamme. Pour la première fois, je peux enfin découvrir DPF, le fameux site américain, dans sa version numérique. Année après année, je perfectionne mon dispositif. Mon objectif est simple : que personne ne puisse soupçonner la présence d’une sonde. Chaque détail est amélioré, chaque défaut est corrigé.
En 2010, j’ai le sentiment d’avoir enfin atteint la perfection. Le Graal.
Plus rien ne dépasse. À l’œil nu, impossible de deviner quoi que ce soit.
C’est précisément à ce moment-là que tout bascule.
Malgré toute la documentation que j’avais accumulée, j’ignorais un phénomène pourtant bien réel : sous certaines conditions, l’urètre peut littéralement « avaler » une sonde.
Un matin, impossible de la retirer.
Étrange…
Quelques minutes plus tard, j’éprouve une envie pressante d’uriner. Là, je comprends immédiatement que quelque chose ne va pas. Très vite, l’évidence s’impose : la sonde a un sérieux problème.
La panique est totale. Direction les urgences.
Le plus difficile n’est finalement pas l’intervention. C’est le moment où il faut raconter toute l’histoire à un urologue médusé. Expliquer des années de bricolages, de manipulations, d’expérimentations… Je me serais volontiers volatilisé. L’affaire se terminera au bloc opératoire pour retirer la sonde. En sortant de l’hôpital, je me fais une nouvelle promesse. (voir l’article original)
Cette fois, c’est terminé. Plus jamais. Mais, au fond de moi, je sais déjà que je mens.
Le mal est fait. Le ver est dans le fruit. Mon obsession ne disparaîtra pas parce que j’ai eu peur. En revanche, une chose devient évidente : cette situation ne pourra pas durer éternellement. C’est à ce moment-là que Nathy me lance une phrase qui va tout changer :
« Pourquoi ne demanderais-tu pas à un urologue de te rendre incontinent ? »
L’idée ne m’était pas étrangère. J’y avais pensé des dizaines de fois. Mais elle me semblait totalement irréaliste. Quel chirurgien accepterait volontairement de rendre un patient incontinent ? Je laisse pourtant cette idée faire son chemin.
Les semaines passent.
Puis les mois.
Finalement, en 2011, je décide de lancer quelques bouteilles à la mer. J’écris à plusieurs urologues, principalement en Tunisie et au Maroc, sans vraiment croire à une réponse.
Contre toute attente, deux d’entre eux me répondent. L’un exerce au Maroc. L’autre en Tunisie. À cet instant précis, le champ des possibles s’ouvre une nouvelle fois devant moi.
J’ai la chance de disposer d’un petit capital issu d’un héritage. De son côté, Nathy me propose spontanément de compléter la somme avec les modestes bénéfices réalisés grâce à la nurserie. Pour la première fois, ce qui relevait depuis toujours du fantasme semble pouvoir devenir une réalité.


